Le céphalométrie Elle demeure un outil central du diagnostic orthodontique, même à une époque dominée par la CBCT, les scanners intra-oraux et la planification numérique.
Les analyses de Steiner et de Ricketts sont deux des systèmes les plus utilisés pour interpréter les radiographies latérales du crâne, et elles influencent directement le plan de traitement. orthodontie y orthopédie dento-faciale.
Au-delà de la simple “ mémorisation des angles ”, il est essentiel de comprendre leurs différences, leurs indications et leurs limites afin d'éviter les erreurs de diagnostic pouvant conduire à des décisions de traitement inappropriées (extractions, orthopédie, chirurgie orthognathique, etc.).
L'importance de la céphalométrie dans la pratique quotidienne
Le radiographiecéphalomeethnique Elle permet l'analyse des relations squelettiques et dentaires et, dans certaines analyses, également du profil des tissus mous, en utilisant des points et des plans de référence reproductibles.
Sa fonction n'est pas de remplacer l'examen clinique, mais d'objectiver les schémas de croissance, les anomalies sagittales et verticales, la position et l'inclinaison des incisives, ainsi que l'harmonie faciale, facilitant ainsi la communication avec le patient et entre les professionnels.
Dans la pratique du dentiste généraliste qui réalise des traitements orthodontiques, la céphalométrie aide à répondre à des questions clés :
- Le problème est-il principalement d'ordre squelettique ou dentaire ?
- Existe-t-il une tendance à la rotation mandibulaire antérieure ou postérieure ?
- Quelle marge de manœuvre avons-nous pour la compensation dentaire sans compromettre le profil facial ?
Ces réponses dépendent en grande partie de l'interprétation des analyses de Steiner et Ricketts.
Céphalométrie de Steiner : focus sur les relations sagittales et incisives
Cecil C. Steiner Il publia son analyse en 1953 avec un objectif clair : créer un système simple et clinique, basé sur quelques mesures peu nombreuses mais très significatives.
Il a remplacé le plan de Francfort par le Plan Sell–Nasion (SN) comme référence, en raison de sa reproductibilité et de sa relative stabilité de croissance, et a structuré l'analyse en trois blocs : squelettique (SNA, SNB, ANB), dentaire (position des incisives) et, indirectement, profil osseux (Pg–NB).
Mesures squelettiques clés (SNA, SNB, ANB)
Chez Steiner, le plan SN sert de base à l'évaluation de la position sagittale du maxillaire et de la mandibule :
- SNA (82° ± 2°): position antéro-postérieure du maxillaire par rapport à la base du crâne.
- SNB (80° ± 2°): position sagittale de la mandibule par rapport au même plan.
- ANB (2° ± 2°): Différence SNA − SNB, utilisée comme classificateur squelettique de classe I, II ou III.
Les valeurs ANB supérieures à 4° indiquent une tendance vers une classe II squelettique, tandis que les valeurs négatives suggèrent une classe III, en tenant toujours compte de la contribution relative du maxillaire et de la mandibule.

Incisives et engagement thérapeutique
Steiner accorde une importance considérable à la position des incisives supérieures et inférieures :
- U1–NA (angle et mm) : proinclinaison et protrusion de l'incisive supérieure.
- L1–NB (angle et mm) : proinclinaison et protrusion de l'incisive inférieure, éléments fondamentaux dans les décisions d'extraction.
- Angle interincisif (~131° ± 6°): relation entre les deux incisives ; les valeurs faibles indiquent une protrusion bimaxillaire.
Avec ces paramètres, Steiner introduit le concept de “ compromis acceptables ” : il n’est pas toujours possible de faire passer un ANB de 6° à 2°, mais il est possible d’ajuster la position des incisives pour obtenir un résultat fonctionnel et esthétique raisonnable sur une base squelettique non idéale.
Principales limitations
Bien que très utile, l'analyse de Steiner présente des limites importantes :
- Cela dépend du plan SN, dont l'inclinaison peut varier d'un patient à l'autre et biaiser les valeurs SNA, SNB et ANB.
- Elle ne propose pas une évaluation verticale complète (modèle hyper/hypodivergent, proportions de la hauteur du visage).
- Son analyse des tissus mous est limitée ; elle doit être complétée par d'autres systèmes (Holdaway, ligne E de Ricketts, etc.).
Céphalométrie de Ricketts : croissance, verticalité et harmonie faciale
Robert M. Ricketts a élaboré son analyse à partir de milliers de mesures céphalométriques traitées à l'aide de Rocky Mountain Data Systems, intégrant des ajustements en fonction de l'âge et une vision plus complète du patient.
Sa proposition est basée sur le plan Ba–N (basion–nasion) et sur des concepts tels que axe facial (PT–Gn), la convexité faciale et la hauteur du tiers inférieur du visage, intégrant explicitement les schémas de croissance et le biotype.
axe facial et modèle de croissance
Il axe facial (PT–Gn par rapport à Ba–N) C'est l'un des piliers de l'analyse de Ricketts :
- Normalement, il est situé autour de 90° ± 3,5°, et reste relativement stable malgré la croissance.
- Les valeurs > 90° indiquent une rotation mandibulaire antérieure (tendance vers un visage court, supraclusion importante).
- Les valeurs < 90° reflètent une rotation postérieure (tendance à un visage long, béance).
Cette stabilité de l'axe facial fait de Ricketts un outil très précieux pour prédire la croissance et ajuster le plan de traitement à long terme.

Dimension verticale et proportions faciales
Ricketts inclut des mesures verticales non prises en compte par Steiner :
- Angle du plan mandibulaire (FH–Go–Gn): permet de distinguer les schémas hyperdivergents et hypodivergents.
- Hauteur faciale inférieure (ANS–Xi–Pm): quantifie la proportion du tiers inférieur du visage.
- Arc mandibulaire (Dr–Xi / Xi–Pm): lié à la rotation du corps mandibulaire.
Ces variables influencent directement des décisions telles que le contrôle vertical avec des appareils fixes, l'utilisation de mini-vis ou l'approche orthopédique/orthognathique.
Convexité et position incisive
Le convexité (A à N–Pog) Elle est mesurée en millimètres et décrit le profil sagittal :
- Règles concernant +2 mm ± 2 mm Durant l'enfance, avec une diminution d'environ 0,2 mm/an due à la croissance antérieure du menton.
- Les valeurs positives indiquent une tendance vers une classe II squelettique ; les valeurs faibles ou négatives indiquent une classe I/III avec un profil plat ou concave.
Ricketts évalue également les incisives inférieures et supérieures par rapport au plan A-Pog et à la FH :
- L1–A–Pog (mm et °) distingue la protrusion corporelle de la simple proinclinaison.
- U1–FH (111° ± 6°) Elle reflète l'inclinaison de l'incisive supérieure par rapport au plan crânien.
- Le rapport molaire (U6–PTV) Elle est adaptée à l'âge, intégrant la composante de croissance dans l'évaluation sagittale.
Steiner contre Ricketts : similitudes, différences et complémentarité
Les deux analyses partagent la base d'une radiographie latérale et de points osseux standard (N, A, B, Pog, ANS, Gn, Go, Me), mais diffèrent dans leur philosophie et leur accent clinique.
| Aspect | Steiner | Ricketts |
| Plan de référence principal | SN (Sella-Nasion), base crânienne antérieure. | Ba–N (Basion–Nasion) et FH, base crânienne plus large. |
| axe de croissance de base | Elle ne définit pas d'axe facial spécifique ; elle utilise les angles ANB et d'autres angles. | Axe facial PT-Gn versus Ba-N, stable et prédictif. |
| Dimension verticale | Évaluation limitée ; une analyse plus approfondie est nécessaire pour déterminer la tendance verticale. | Il comprend la hauteur du tiers inférieur du visage et l'angle du plan mandibulaire. |
| Ajustement en fonction de l'âge | Des règles essentiellement fixes. | Normes ajustées en fonction de l'âge pour la convexité, le plan mandibulaire et la position des molaires. |
| incisives | U1–NA, L1–NB, angle interincisif ; élément clé dans les décisions d'extraction. | Incisives par rapport à A-Pog et FH, différenciant la protrusion et la proinclinaison du corps. |
| Profil doux | Proéminence du menton (Pg–NB); sans analyse complète des tissus mous. | Il intègre les mesures du profil facial et de la convexité ; il peut être complété par la ligne E. |
| Complexité / temps | Rapide, peu encombrante, idéale pour une utilisation au chevet du patient. | Plus complexe, avec des points construits (Xi, PT, PTV) et de multiples paramètres. |
En pratique clinique, il est courant d'utiliser Steiner pour la classification sagittale rapide et les décisions dentaires, complété par Ricketts pour les motifs verticaux, la croissance et l'harmonie faciale.
Erreurs courantes d'interprétation chez Steiner
Connaître les sources d'erreur les plus fréquentes permet d'éviter les diagnostics incorrects et les plans de traitement inadéquats.
1. Se fier uniquement à l'ANB
L'ANB est une valeur dérivée (SNA − SNB) et hérite des limitations des deux angles :
- Un ANB élevé peut être dû à un maxillaire proéminent, à une mandibule en recul, ou à une combinaison des deux ; interpréter une “ Classe II ” sans examiner individuellement les valeurs SNA et SNB est simpliste et dangereux.
- Des changements dans l'inclinaison du plan SN (crâne plus “ plat ” ou “ incliné ”) peuvent modifier l'ANB sans véritable changement squelettique.
2. Négligez la composante verticale
Steiner n'évalue pas directement la hauteur du visage ni l'angle du plan mandibulaire ; s'y fier comme unique analyse peut conduire à un sous-diagnostic des schémas hyperdivergents ou hypodivergents.
Chez un patient présentant un ANB normal mais un plan mandibulaire très haut, le problème principal sera vertical et non sagittal, et la planification devra être orientée vers le contrôle de la dimension verticale plutôt que vers la “ correction de la classe ”.
3. Déconnecter les incisives du côté et des voies respiratoires
La tendance à “ normaliser ” U1-NA et L1-NB sans tenir compte de l'impact sur le profil des tissus mous et les voies respiratoires peut entraîner des résultats esthétiques médiocres ou des effets indésirables sur l'espace pharyngé.
La céphalométrie doit être interprétée en conjonction avec les photographies cliniques et, le cas échéant, les études des voies respiratoires (CBCT), et non de manière isolée.
Erreurs d'interprétation courantes dans Ricketts
La plus grande richesse du jeu de Ricketts ouvre également la porte aux erreurs si ses principes fondamentaux ne sont pas respectés.
1. Identification incorrecte des points complexes (PT, Xi, PTV)
Certains points ne sont pas “ purement ” anatomiques, mais plutôt construits à partir de structures difficiles à visualiser ou en dépendent :
- PT dans la fissure ptérygomaxillaire, Xi comme centre géométrique de la branche mandibulaire et PTV comme plan vertical construit.
- Un mauvais positionnement modifie l'axe facial, la hauteur du visage et la position des molaires, faussant ainsi la lecture globale.
2. Ne pas appliquer les règles adaptées à l'âge
La convexité, la hauteur du visage et le plan mandibulaire ont des normes qui évoluent avec l'âge ; interpréter les valeurs de l'enfance selon les normes adultes conduit à une surestimation des écarts ou à des classifications erronées.[8][4]
Par exemple, une convexité de +2 mm peut être physiologique à 9-10 ans, alors que chez les adultes, elle est généralement plus proche de 0-1 mm.
3. Confondre la proinclinaison avec la saillie corporelle
Ricketts fait la distinction entre l'inclinaison (angle) et la protrusion (distance) des incisives inférieures par rapport à A–Pog :
- Une incisive peut être très inclinée mais peu proéminente, ou inversement ; les implications esthétiques et de stabilité sont différentes.
- Le fait de prendre des décisions d'extraction en se basant uniquement sur l'angle, sans analyser la position du corps, peut aboutir à des profils trop plats ou trop rétractés.
Stratégies pratiques pour minimiser les erreurs d'interprétation
Dans le cadre de la pratique clinique quotidienne, notamment pour les dentistes généralistes qui pratiquent l'orthodontie, il est utile de suivre une série de directives systématiques.
1. Standardiser l'imagerie radiographique
- Vérifier la reproductibilité de la position céphalométrique : plan de Frankfort approximativement horizontal, sans flexion ni extension exagérées.
- Contrôlez le grossissement et utilisez toujours le même équipement et le même protocole lors de la réalisation d'études comparatives au fil du temps.
2. Vérifiez les tracés et les points avant de mesurer.
- Confirmer le marquage correct des points clés : S, N, A, B, Pog, ANS, Gn, Go, Me, et dans Ricketts, Ba, PT, Xi, Pm, U6.
- Corrigez toute disposition douteuse avant de calculer les angles et les distances ; le logiciel ne corrige pas les erreurs de marquage.
3. Lisez toujours les mesures ensemble.
- Dans Steiner : analyser séparément SNA et SNB avant d’interpréter ANB, et examiner la position des incisives par rapport au modèle squelettique.
- Dans le cas du rachitisme : intégrer l’axe facial, le plan mandibulaire, la convexité et la position des incisives, en tenant toujours compte de l’âge du patient.
4. Complétez l'analyse et ne considérez aucun de ces éléments comme absolu.
Aucune analyse n'est complète prise isolément :
- Dans les cas complexes, combinez Steiner et Ricketts avec d'autres systèmes (Bjork–Jarabak, Tweed, Wits) et avec un diagnostic tridimensionnel (CBCT).
- Utilisez la photographie clinique, la numérisation intra-orale et les modèles numériques pour vérifier la cohérence entre la céphalométrie et la réalité clinique.
Intégrer la céphalométrie classique à l'ère numérique
Dans la pratique contemporaine, la céphalométrie de Steiner et Ricketts ne concurrence pas l'orthodontie numérique, mais est intégrée comme un langage commun pour interpréter et communiquer les cas complexes.
Le diagnostic tridimensionnel par CBCT, la photographie clinique systématique et la planification 3D sur scanners intra-oraux bénéficient d'une lecture céphalométrique fiable qui aide à prioriser les objectifs et à visualiser l'impact des mouvements dentaires et squelettiques.
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